Mise-à-jour économique T4 2025
- Groupe Schulman
- 12 janv.
- 5 min de lecture

Un environnement exigeant, marqué par des asymétries profondes
L’année 2026 s’ouvre dans un climat de transition. Après trois années exceptionnelles de rendements à deux chiffres – une performance rare dans l’histoire des marchés financiers – les investisseurs sont confrontés à un nouveau paradigme. La normalisation des politiques monétaires, les pressions géopolitiques, la fragmentation commerciale et les déséquilibres macroéconomiques appellent à une réévaluation en profondeur des stratégies d’investissement.
Le contexte actuel exige une lecture plus fine des marchés. Derrière les performances agrégées flatteuses de 2025 se cachent d’importantes disparités sectorielles et régionales. La sélectivité, la diversification active et la gestion dynamique du risque s’imposent désormais comme les principaux leviers de performance durable.
2025 : L’illusion d’un marché haussier généralisé
L’année 2025 a été marquée par une concentration extrême des rendements. Au Canada, les secteurs des métaux de base, des institutions financières et des technologies ont dominé la performance. La transition énergétique, la réindustrialisation et l’intensification des dépenses publiques en infrastructures ont soutenu les producteurs de matières premières. Parallèlement, les banques ont profité d’un environnement de taux encore élevés, combiné à une normalisation du risque de crédit.
Le secteur technologique canadien, bien que plus restreint que son homologue américain, a bénéficié de l’essor des applications d’intelligence artificielle, en particulier dans les domaines de la cybersécurité, de l’automatisation industrielle et des services cloud.
Aux États-Unis, la polarisation a été encore plus prononcée. Quelques mégacaps technologiques ont concentré l’essentiel des gains boursiers, tandis que plusieurs segments traditionnels de l’économie ont stagné. Les investisseurs peu exposés à ces moteurs sectoriels ont vu leur performance relative pénalisée – non pas par une gestion inefficace, mais par un phénomène statistique de concentration rarement observé à une telle échelle.
Un tissu corporatif résilient, malgré les déséquilibres publics
Alors que les États ont continué d’accumuler des déficits, les entreprises, elles, ont démontré une robustesse remarquable. Le taux de défaut est demeuré contenu, les bilans se sont renforcés, et les marges bénéficiaires ont été soutenues par une discipline accrue des coûts et une orientation des investissements vers l’innovation et la productivité.
Cette dichotomie entre sphère publique fragilisée et sphère privée renforcée constitue un changement de paradigme structurel. Les entreprises qui ont anticipé les hausses de taux en refinançant leur dette, adopté des modèles d’affaires flexibles et investi dans la transformation numérique sont aujourd’hui mieux positionnées pour affronter un environnement économique plus complexe.
Taux d’intérêt : une détente conditionnelle, lente et asymétrique
Les banques centrales ont amorcé en 2025 un cycle de détente monétaire, dans un contexte de ralentissement de l’activité économique. Toutefois, cette baisse des taux ne s’apparente en rien au retour à une politique ultra-accommodante. Deux variables structurantes encadrent cette normalisation : l’évolution de l’emploi et la dynamique de l’inflation sous-jacente.
Le marché anticipe des baisses de taux supplémentaires, mais à un rythme plus lent et plus dépendant des données que par le passé. Le scénario central reste celui d’un coût du capital durablement plus élevé qu’au cours de la décennie 2010. Cela transforme profondément l’arbitrage risque-rendement, tant pour les actifs financiers que pour les décisions d’investissement productif.
États-Unis : risques institutionnels accrus et crédibilité sous pression
Un point de vigilance émerge du côté institutionnel. Les révisions fréquentes des statistiques macroéconomiques (croissance, inflation, emploi) ont fragilisé la lisibilité des indicateurs. Cela alimente une perception croissante d’opacité et affaiblit la capacité des marchés à anticiper les mouvements de politique monétaire.
Le débat sur l’indépendance de la Réserve fédérale, exacerbé par les perspectives électorales de 2026 et les rumeurs d’un changement à sa tête, ajoute une dimension de risque politique. Une Fed perçue comme influencée politiquement pourrait générer une volatilité accrue sur les marchés obligataires, peser sur le dollar et compromettre l’attractivité des actifs américains.
Tarifs commerciaux : une pression structurelle sur les marges
Depuis le second semestre de 2025, les hausses tarifaires décidées dans plusieurs grandes économies ont eu un effet direct sur les chaînes de valeur mondiales. Les entreprises, en particulier dans les secteurs manufacturier, industriel et électronique, ont vu leurs coûts d’importation augmenter et leur visibilité s’éroder.
À court terme, certains producteurs nationaux ont bénéficié d’une protection relative. Mais à moyen terme, ces mesures ont aggravé les tensions inflationnistes et fragilisé les perspectives de croissance. Les investisseurs doivent désormais intégrer dans leur analyse sectorielle les risques commerciaux, la dépendance aux intrants étrangers et la capacité d’adaptation logistique des entreprises.
Trois années de rendements exceptionnels : une séquence à ne pas extrapoler
La période 2023-2025 a offert des rendements rarement vus en si peu de temps. Mais une telle séquence ne saurait se prolonger indéfiniment. Les valorisations actuelles sont élevées, les moteurs de performance concentrés, et les risques exogènes en hausse.
Historiquement, les phases de très fortes performances sont souvent suivies de périodes de consolidation. Anticiper un retour à la moyenne est donc un réflexe prudent, tout en restant positionné pour capter des opportunités ponctuelles.
Adapter les portefeuilles : une stratégie défensive active
Face à cette nouvelle réalité, la sortie des marchés serait contre-productive. Ce qu’il faut, c’est une restructuration stratégique, pensée dans une logique de résilience et d’optimisation des risques :
• Diversification sectorielle et géographique accrue : réduire la dépendance à un nombre limité de moteurs.
• Mise en avant des titres de valeur : des actions sous-évaluées avec un dividende soutenable deviennent attractives dans un contexte de taux réels positifs.
• Recentrage sur la qualité : les entreprises avec des bilans solides, une génération de flux de trésorerie stable et un pouvoir de fixation des prix deviennent prioritaires.
• Renforcement de l’exposition au revenu fixe de qualité : après une décennie de faibles rendements, les obligations investment grade offrent à nouveau un rendement réel attractif.
• Intégration systématique de la faible volatilité : comme facteur de construction et de préservation du capital à long terme.
Cette posture défensive n’est pas un repli, mais une stratégie rationnelle de réallocation après un cycle haussier exceptionnel.
Conclusion : Naviguer dans un cycle de transition avec discipline
2026 ne sera pas une année facile, mais elle peut être une année constructive. Les performances seront plus difficiles à capter, mais elles restent accessibles aux investisseurs qui sauront faire preuve de discernement, d’agilité et de discipline.
Dans ce nouveau cycle, la défense demeure la meilleure attaque. C’est en adoptant une approche structurée, rigoureuse et tournée vers la qualité que l’on peut espérer préserver et faire croître le patrimoine dans un monde plus fragmenté, mais riche d’opportunités bien identifiées.
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